“Le temps est la seule chose que les États-Unis ne parviennent pas à transformer en victoire. Ronan Guillou nous montre que la photographie est l’art de cette défaite.”

Michel Poivert, dans Country Limit 

OLD GLORY

Au commencement était la nature, à l’allure hostile et inhospitalière. Lorsque l’homme vint se confronter à elle avec la volonté de s’adapter à ses contraintes pour en tirer le meilleur parti, il dut s’inventer un territoire et croire en un idéal, celui d’un pays où tout est « possible ».

À travers les fragments d’Amérique proposés par Ronan Guillou, l’exposition « Old Glory » nous emmène aux confins d’un pays partagé entre la croyance tenace en un vieux rêve américain et la fin d’un Eden qui n’a peut-être jamais existé. « Old Glory », surnom du drapeau américain à la ferveur patriotique surannée, évoque ce paradis à la fois perdu et retrouvé, où les mythes anciens, réels ou fantasmés, continuent d’agir en confrontation avec les réalités existantes.

Fasciné par la glorieuse iconographie des États-Unis dont il explore les failles, l’artiste y séjourne régulièrement pour faire de ce territoire le cœur de ses recherches. De New York à Las Vegas, en passant par l’Alaska et Hawaï, sa dérive photographique le mène au gré des hasards et de ses intuitions à la rencontre d’hommes et de femmes profondément ancrés dans leur environnement immédiat, celui des grands espaces ruraux et urbains.

Ses paysages désertiques, parkings et autres Car Wash qui pourraient se situer à la fois partout et nulle part, dans le réel ou dans la fiction, convoquent parfois des photographies phares, telles que celles issues de la « New Topographics » (1975) ou, sollicitent des plans iconiques du cinéma, comme ceux exploités par Wim Wenders. Paris Texas eut nourri son imaginaire. Sous l’œil de Ronan Guillou, les lieux semblent souvent abandonnés, désertés par ses habitants comme après un mystérieux cataclysme qui aurait laissé intacts (ou presque) les constructions et les objets fabriqués par la main de l’homme. Cependant, « Old Glory » associe à ces paysages des images d’êtres ou de choses qui les ont potentiellement traversés.

Ronan Guillou s’éloigne de la tradition documentaire américaine, en perçant à jour la singularité propre de chaque prise de vue par l’irruption silencieuse mais prégnante d’un élément dissonant, parfois incongru, qui vient troubler l’ordre apparent. Le temps suspend son vol et la grâce, fragile et éphémère, impalpable, s’invite et nimbe la scène d’un mystérieux éclat. Chaque chose ici-bas semble se doter d’une âme tout à coup et atteindre une forme de plénitude, une grandeur retrouvée le temps d’un battement de cils.

Aussi, de la même manière qu’une fourmi agrandie mille fois sous la lunette d’un microscope se transforme en monstre fantastique, les plans resserrés du photographe sur la portière d’une voiture, sur une chouette morte ou sur la corne d’un animal, nous invitent à interroger l’évidence et à prendre conscience de l’insoupçonné qui demeure en toute chose. La voiture d’On the Edge par exemple, réduite à l’état d’épave, perd sa fonction première en étant à jamais immobile. Devant son objectif, ce symbole de modernité, de conquête et d’évasion, se fond dans les paysages. Même d’apparence défraichie et abîmée, elle reste triomphante, ouverte sur le monde et éternelle. Dès lors, ces images à première vue familières ne le sont plus. Les approches un brin nostalgiques de l’artiste actionnent une “poétique de la temporalité” (Michel Poivert). Les fragments photographiques offrent un billet aller-retour dans l’espace-temps et sondent à la fois les dynamiques et les paralysies du pays. Ses compositions rappellent à notre mémoire les grandes décisions qui ont animé l’histoire américaine, des plus arriérées aux plus révolutionnaires, et elles se renseignent sur son horizon futur.

À la croisée du documentaire, du récit personnel et de l’étude formelle, Ronan Guillou met en évidence une Amérique intemporelle et contrastée qui selon lui « porte en elle les paradoxes et les excès de l’humanité ». Le photographe pose un regard tendre et empli de sensibilité sur la mélancolie des « enfants oubliés du rêve américain », ces « survivants » retenus dans des espaces intermédiaires, coincés entre deux Amériques, celle du passé et celle du présent, l’Amérique des promesses et celle des désillusions. Quant aux couleurs tendrement passées, elles viennent adoucir et unifier ce monde parfois rude et hostile pour mieux restituer une réalité douce-amère.

Laurène Gattet

À propos

 

“Il arrive que de temps à autres, au coeur d’une conversation animée ou d’une réunion bruyante, un silence soudain se produise. « Un ange passe…» pourrait-on entendre murmurer alors que le silence demeure pour encore de toutes petites secondes. […]

Si nous transposions cette expression à l’acte de voir ? Quand et dans quelles circonstances dirions-nous « Un ange passe… », si vous voyiez le phénomène en question, plutôt que de l’entendre ? Qu’auriez-vous besoin de voir pour y associer la présence d’un ange ? Existe-t-il ce qui ressemblerait à un soudain « silence visuel » qui rendrait cet instant précis, si perceptible qu’il vous transporterait dans un état de transcendance, à défaut d’un autre terme ? […]

Ronan Guillou fait partie des quelques photographes que je connais qui ont l’oeil (et l’oreille de l’âme) prêt à saisir ces instants éphémères. Il est vrai que je vois l’ange passer dans nombreuses de ses images. […]

Ce qui m’enchante dans les photographies du livre de Ronan, c’est que toutes ces images sont trouvées. Elles rayonnent de réalité. Je ne peux renoncer à l’idée que trouver est devenu plus créatif qu’inventer.

Cependant, on ne trouve pas comme ça, d’un seul trait, sous le coup de la chance. D’abord il faut chercher. Et il faut savoir où chercher. Savoir quand voir ce que l’on cherchait. Ronan trouvait (et regardait) en Amérique, c’est en cela que sa précieuse collection d’offrandes a d’autant plus de signification pour moi.
Les Etats-Unis sont un territoire difficile pour les photographes une aire abondante de « déjà-vus ». Je parle en connaissance de cause, pour avoir moi même été exposé trop de fois à ces dangers.

Ronan a échappé à la plupart de ces pièges. Les Américains qui le regardent dans ces photographies apparaissent dans la brèche pour que l’ange de la photographie puisse leur distiller la lumière…

Je remercie l’ange d’être passé. Et je remercie Ronan de l’avoir aperçu, et dans un murmure, de nous l’avoir annoncé…”

Wim Wenders, Angel [extrait]

Twisted, Fairbanks, Alaska USA – 2015, 80 x 80 cm, éd. 1/6
©Ronan Guillou.

Runnel County, Texas USA-2012, 30 x 30 cm, éd. 1/6
©Ronan Guillou.

Roca, Mobile, Alabama -2012, 30 x 30 cm, éd. 1/6.
©Ronan Guillou

Still Standing, Las Vegas, Nevada USA – 2013, 30 x 30 cm, éd. 2/6
© Ronan Guillou

Princess, Las Vegas, Nevada USA – 2013, 80 x 80 cm, éd. 1/6
© Ronan Guillou

R.I.P, Texas USA – 2012, 30 x 30 cm, éd. 1/6
©Ronan Guillou.

Car Wash, San Diego, California USA-2012, 60 x 60 cm, éd. 1/3
©Ronan Guillou.

Jesse, Fairbanks, Alaska USA – 2015, 80 x 80, éd. 1/6.
©Ronan Guillou

Trailer Sisters, Alabama USA-2012, 30 x 30 cm, éd. 1/6 ©Ronan Guillou.

Vanité, Mississippi USA – 2015, 30 x 30 cm, éd. 1/6
©Ronan Guillou.

WALL, New York, NY USA-2007, 30 x 30 cm, éd. 1/6
©Ronan Guillou.

Detroit – Downtown #1, Detroit, Michigan USA-2009, 60 x 60 cm, éd. 1/3
©Ronan Guillou.

Rusty, Augusta, Georgia USA – 2010, 60 x 60 cm, éd. 1/3
©Ronan Guillou.

David Copperfield, Las Vegas, Nevada USA-2013, 60 x 60 cm, éd. 1/3 ©Ronan Guillou.

On the Edge, Las Vegas, Nevada USA-2013, 60 x 60 cm, éd. 1/3
©Ronan Guillou.

Four Brothers, One Sister, Las Vegas, Nevada USA-2013, 30 x 30 cm, éd. 1/6
©Ronan Guillou.

Zacharia, Truth or Consequences, New Mexico USA-2013, 30 x 30 cm, éd. 1/3
©Ronan Guillou.

Ronan Guillou 

Né en 1968 à Bouar (République Centrafricaine)
Vit et travaille à Paris

Préfacé par Wim Wenders pour son livre Angel et étudié par l’historien de l’art Michel Poivert, le travail de Ronan Guillou l’inscrit à la suite des photographes historiques de France.
Captivé par l’impact des États-Unis sur le monde, fasciné par la glorieuse iconographie du pays, Ronan Guillou a fait de ce territoire le cœur de ses recherches depuis le début des années 2000. Son œuvre compose un dialogue entre la présence de l’homme et l’entre-lieux en renouvelant profondément le genre de la photographie américaine par une approche temporelle, sensible et rayonnante. Ses études formelles et ses couleurs délicates adoucissent les scènes de vie, fétichisent les objets, animent ses portraits, rendent une aura aux paysages et retranscrivent ainsi, la justesse documentaire de l’expérience.

Les photographies de Ronan Guillou sont présentées en expositions et festivals, nommées et récompensées à différents prix. Ses œuvres ont rejoint de prestigieuses collections publiques et privées (Bibliothèque nationale de France, Fondation Neuflize-OBC). Après les publications des livres Angel (2011) et Country Limit (2015), l’auteur a pour projet l’édition de La mort aussi bruyante que la Vie (État de l’Alaska). Il répond également à des commandes (M le Magazine du Monde, Air France Magazine, Hermès, Louis Vuitton) et intervient lors de jurys d’écoles et d’ateliers.

PUBLICATIONS
**** / [Projet] La Mort Aussi Bruyante Que La Vie
Textes de Brice Matthieussent & Lily Matras
2015 / COUNTRY LIMIT Editions Kehrer
Textes de Michel Poivert & Bill Kouwenhoven
2015 / Catalogue exposition TRUTH OR CONSEQUENCES
Auto-édition
2014 / LAS VEGAS – Photographic Map of Las Vegas Valley
Editions Poetry Wanted
2011 / ANGEL – Préface de Wim Wenders
Editions Transphotographic Press

EXPOSITIONS PERSONNELLES
2019 / OLD GLORY – Galerie Artsphalte – Arles, France
2018 /ANGEL – Galerie Destin Sensible – Lille, France
2015 / COUNTRY LIMIT – Festival PORTRAIT(S) – Ville de Vichy, France
2015 / PARIS PHOTO LOS ANGELES – Avec NextLevel Galerie, Los Angeles, USA
2015 / TRUTH OR CONSEQUENCES – Galerie La Chambre, Strasbourg, France
2014 / TRUTH OR CONSEQUENCES – NextLevel Galerie, Paris, France
2014 / COUNTRY LIMIT – Galerie Focale, Nyon, Suisse
2011 / ANGEL – NextLevel Galerie, Paris, France
2008 / In Between – Sous Les Etoiles Gallery, New York, USA

COLLECTIONS
/ Bibliothèque Nationale de France
/ Fondation Neuflize-OBC

EXPOSITIONS COLLECTIVES
2019 / Festival imageSingulières – Sète
2019 / Printemps de l’Art Contemporain – Marseille. Collection Neuflize OBC
2018 / La Nuit de l’Instant – Centre Photographique Marseille, France
2018 / Festival Photo Doc Paris – Projection du film Truth or Consequences
2017 / Fondation NEUFLIZE OBC, Rétrospective de la Collection – Paris, France
2017 / FULL BLOOM – NextLevel Galerie, Paris, France
2017 / LES RENCONTRES D’ARLES – Nuit de l’Année, série « The Last Frontier », Arles, France
2017 / VERZASCA FOTO Festival – Sonogno, Suisse
2017 / MOIS DE LA PHOTO – GRAND PARIS – « Photo-Roman » – Havas Gallery, Puteaux, France
2016 / Festival TRANSPHOTOGRAPHIQUES – « These Americans » – Tri Postal, Lille, France
2016 / LES RENCONTRES D’ARLES – « Photo-Roman » – avec Havas Galerie
2015 / PARIS PHOTO – NextLevel Galerie, Paris, France
2015 / PORTRAIT & MEMOIRE – Banque Neuflize OBC, Paris, France
2015 / Festival LES NUITS PHOTOGRAPHIQUES – Paris, France – Projection Film « Truth or Consequences »
2013 / UNSEEN Photo Fair – Amsterdam, Hollande – Série “Country Limit”
2013 / FESTIVAL Voies Off – Arles, France
2012 / SLICK ART FAIR Bruxelles, Belgique – NextLevel Galerie
2012 / Biennale des Créateurs d’Images – Cité de la Mode et du Design – Paris, France
2010 / FESTIVAL LES PHOTAUMNALES, Beauvais, France
2010 / FESTIVAL VOIES OFF – Arles, France
2009 / Impressions d’île , Chapelle du Guéric, Île aux Moines, France
2007 / Biennale des Agents Associés – Musée des Arts Décoratifs, Paris, France

PRIX / NOMINATIONS

2019 / Récipiendaire Bourse CNAP – Photographie documentaire contemporaine
2018 / Nomination – La Nuit de l’Instant – Centre Photographique Marseille, France
2015 / Prix du Public – Festival Les Nuits Photographiques, Paris – Film « Truth or Consequences »
2015 / Nomination – Prix du personnel, Banque Neuflize OBC, Paris, France
2014 / Lauréat – Prix Photographique de la Ville de Vichy, France. Série Country Limit
2013 / Nomination – Prix Roger Pic
2009 / Nomination – Prix HSBC pour la Photographie, Paris, France
2008 / Nomination – Prix Nièpce, Paris, France
2007 / Lauréat – Biennale des Agents Associés, Musée des Arts Décoratifs, Paris, France

WORKSHOP / JURY
/ Ecole de Condé, Nancy – Jury Diplômes Photographie
/ Association Destin Sensible, Lille – Workshop
/ ECV Aix-en-Provence – Jury Diplôme
/ ECV Aix-en-Provence – workshop M1 & M2

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Artsphalte a le plaisir de présenter “Old Glory”, une exposition du photographe Ronan Guillou.

N’hésitez pas à prendre contact

+33 (0)6 32 63 11 54 / artsphalte@gmail.com

8 rue des douaniers, Arles