Où est passé l’ouvrier ?

 

L’hiver dernier, le musée national Suisse exposait temporairement “Le travail. Photographies provenant de Suisse 1860-2015” afin d’annoncer la réouverture prochaine d’une aile du bâtiment consacrée à la photographie. 

L’expo présentait une grande variété d’images destinées à des buts différents, telles que des cartes postales, des images de familles, des collections d’entreprises, la presse, etc. et le large pan chronologique qui s’étendait de 1860 à 2015, permettait de mettre en exergue les mutations de l’image ouvrière au fil du temps.

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ASL photographie, La secrétaire du futur, 1976, ASL

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Peter Würmli photographie, Jungle lounge bei google, Zurich, Camenzind Evolution

Malgré la tonalité exclusivement positive de l’exposition qui rendait une vision biaisée de l’image ouvrière, cette présentation était efficace pour démontrer un fait important de l’histoire du travail : sa non disparition. En effet, la mise en place du taylorisme à la fin du XIXe siècle met fin au rayonnement « artisanal » et standardise l’ouvrier tout en lui confiant un travail aliénant. Il devient un anonyme. Bien sûr la crise des années 1970 va accentuer les conditions de travail de l’ouvrier car si sa figure est massivement représentée en photographie depuis l’après-guerre, les divers métiers qu’il occupe tendent à disparaitre. Disparaitre oui, mais pas complètement. Il serait en effet plus juste de parler de mutation, car les entreprises elles-mêmes se métamorphosent en autre chose,  vers une société dite “de l’information” dans les années 1970, puis de “réseau” au cours des années 1990. L’industrie du Télécom en est un exemple représentatif. Ainsi, même si l’ingénieur a progressivement remplacé le chimiste, ne pas reconnaitre ces mutations serait nier, encore une fois, la réalité d’un travail ou la réalité de certaines conditions de vie. À ce titre, on peut citer les photographies de Lee Fridlander réalisées dans les années 1980 pour la série At work, ou celles de Samuel Bollendorff, parti sur les traces d’employés s’étant immolés devant leurs entreprises de télécom, pour sa série (et film) Le grand incendie.

©ArtSphalte